mardi 15 juillet 2014

SIX questions à Daouda TOURE, Chargé de programme, eaux et assainissements en milieu rural UE.


Daouda TOURE, Chargé de programme, eaux et assainissements en milieu rural et à la délégation de l’Union Européenne: « On constate qu’il y’a les bases d’un succès qui sont perceptibles sur le terrain. »

 
Daouda TOURE/Cliché quoidevert?
Chargé de programme, eaux et assainissements en milieu rural et auparavant à la délégation de l’Union Européenne au Mali. Daouda TOURE est également Chargé de tous ce qu’on fait comme appui en faveur des communes. Il est à la délégation de l’Union Européenne du Sénégal depuis 2011.Cet essai s’interroge sur les critères de choix, les acquis des projets complémentaires GIVAD-GAVAD dans la commune de Joal-Fadiouth et celle de Mbour.
Entretien avec Quoi de vert ?

1-    A l’échelle national, les déchets constituent  un véritable casse- tête pour les collectivités locales à l’échelle nationale .Quels sont  les critères de choix de la commune de joal  pour le financement  des deux projets  que sont  Givad d’abord et Gavad ensuite ?
Merci bien pour votre question qui est très intéressante. En fait, on a lancé des appels à projets pour toutes les communes du Sénégal. Les deux projets pour la commune de Joal et la commune de Mbour ont partagé avec les autres communes le respect des premiers critères de choix qui  sont entre autres la pertinence du projet par rapport au besoin des groupes cibles, la pertinence par rapport aux objectifs de l’appel à proposition. ; et puis également la pertinence par rapport aux politiques nationales en matière de gestion des déchets et aussi en matière de décentralisation. Un des critères aussi qui est très important à signaler, c’est la conception  de l’action ; c’est-à-dire qu’on regarde comment  l’action est agencée en termes d’objectifs, de résultats et de cibles qu’on veut atteindre. On regarde aussi le respect des aspects comme la valeur ajoutée éventuelle en termes de mobilisation  sociale,  en termes  de  genres, en termes environnementales ; en termes aussi d’intercommunalité par exemple comme dans le cadre de Gavad ; c’est un aspect qui a milité en faveur du choix  de cette action. On regarde aussi l’efficacité en terme de stratégie ; c’est-à-dire qu’est ce qu’on propose comme stratégie et comme mise en œuvre ; on regarde est ce que si cette stratégie est pertinente et faisable. Et enfin, on regarde aussi l’efficience où on fait le rapport coût-Bénéfice de l’action. Donc ce sont ces critères là qui ont milité en faveur du choix de Joal comme d’autres projets qu’on a choisi également au Sénégal.


2-     A 6 mois de la fin de l’échéance du projet Gavad, comment analysez –vous les résultats obtenus  par ces projets  complémentaires ?
En termes de résultats, il faut reconnaitre qu’il y’a des retards qu’on a enregistré dans la mise en œuvre de ces deux actions .Ce qu’on constate qu’il y’a les bases d’un succès qui sont perceptible sur le terrain ; avec l’implication des parties prenantes, on a une prise de conscience  pour le changement de comportement. Donc on sent sur le terrain qu’il y’a quelque chose qui est entrain de se construire Et  çà c’est encourageant. Maintenant ce que nous voulons ici noté, c’est qu’il faut profiter du temps qui reste pour consolider ces acquis. Et si nécessaire, si l’on pense qu’on a besoin du temps pour  consolider ces acquis là, c’est des choses que nous sommes disposer à donner ; parce qu’un projet de changement  de comportement c’est sur la durée ; ce n’est pas de la précipitation. Mais on sent une amorce de changement qui on espère va aboutir à des résultats probables.
3-    Gavad est –il une réponse locale face à des  enjeux  globaux en matière de gestions des  déchets ?
Un enjeu global doit connaitre un début de mise en œuvre de manière pratique. Et cela ne peut se faire que par des pilotes et des actions sur des territoires, sur des localités. On peut avoir un enjeu national mais, il faut commencer quelque part. Ce genre de projet est un début de réponse locale à des enjeux qu’on retrouve partout au Sénégal. Ces deux actions sont des réponses opérationnelles pour le renforcement des capacités des communes en matière de gestion participative de toute la chaine de gestion des déchets. Maintenant, les succès enregistrés vont permettre de vulgariser cette action peut être dans d’autres domaines. Aujourd’hui le renforcement de capacité se fait pour la gestion des ordures, pourquoi pas  aussi pour la santé et l’éducation. Donc c’est dans des cas pratiques de gestion locale qu’on peut vulgariser  au plan national.

4-     Après le succès des projets Givad et Gavad, quelles opportunités pour les autres communes du Sénégal ?
La première opportunité, c’est la disponibilité d’outils pratiques comme je vous l’ai dit. Les politiques, il faut  les définir au plan national mais il faut les opérationnaliser. Donc, il faut la disponibilité d’outils pratiques d’abord en matière de gestion de déchets .Ca c’est des aspects qui sont importants .Il y’a la réplicabilité de la maitrise d’ouvrage communale. Parce que c’est des actions de maitrise d’ouvrages communales. Donc on peut répliquer  le modèle de gestion dans d’autres communes ; ou dans d’autres secteurs comme je l’ai dit tantôt ; dans la santé, dans l’éducation. Donc ça c’est des cas pratiques. Il y’a aussi une opportunité qui est offerte aux communes pour améliorer la fourniture des services publiques ; parce que ça c’est un aspect important avec la décentralisation et autres, on n’arrive pas à percevoir cette capacité des communes ; des autorités publiques  à fournir des services publics ; parce que la décentralisation aussi c’est ça .On a découpé le territoire pour mieux répondre aux besoins des citoyens au plan local. Et puis c’est une occasion pour améliorer le cadre de vie, même avec les retombées socio-économiques sur la santé, sur le bien être des familles ; peut être au budget  familial .Quand la famille  va bien, on économise de l’argent qui peut servir à autre chose. Donc ça c’est des retombées  par exemple que les communes peuvent tirer  au Sénégal.

5-    Il y’a l’adage qui dit que ‘’toute action pour nous, sans nous, est contre nous’’ .Quelle politique en matière de gestion  et  de valorisation  des déchets ?  Et  quel  cadre pour une gestion participative  permettant  d’accroître le niveau de responsabilité des parties prenantes  sur le plan national ?
En fait cette  action est financée dans le cadre d’un  programme qu’on a et qu’on appelle acteurs  non étatique et autorité locale qui vise en fait à renforcer les collectivités dans la gestion des compétences qui sont transférées ; et aussi de trouver des moyens de gouvernance d’impliquer les populations dans la mise en œuvre de besoins pratiques de développement qu’il rencontre au plan local. En réalité, la ligne c’est comment améliorer les rapports entre les gouvernants et les gouvernés avec une forte implication  des citoyens. Nous venons encore de lancer le troisième  appel à proposition pour aller  à des échelles beaucoup plus grandes et encourager les communes à faire des actions ensembles. Des actions sur la durée, parce que pour le changement de comportement, pour la gouvernance, pour mobiliser les gens, il faut travailler sur la durée. On est  dans cette optique. Et puis également  on  réfléchit à aussi mobiliser des fonds de ressources pour les années à venir pour continuer si l’expérience qui est très intéressante ; pour continuer à renforcer la décentralisation que nous on appelle la décentralisation fonctionnelle, qui va au-delà de la décentralisation nationale, supra nationale  où  on donne de l’argent au budget de l’état. On donne de l’argent concrètement aux communes pour mettre en œuvre une compétence transférée. On l’appelle décentralisation fonctionnelle ou pratique, donc il faut mettre les communes à la tâche, à l’œuvre ; parce que les communes se plaignent de l’insuffisance des ressources et autres. Donc c’est un moyen pratique de voir comment çà se passe si elles ont des ressources.


6-     Des ordures à l’or dur, les  déchets constituent aujourd’hui une économie, Quelles stratégies  pour la capitalisation  et la vulgarisation des  bonnes pratiques, en matière de gestion  et de valorisation des déchets ?
Nous on a estimé qu’il ne faut pas attendre la fin pour capitaliser .Déjà on organise des rencontres de capitalisation. Depuis 2013, on en a organisé deux, on va organiser une aussi peut être cette année. C’est  Des rencontres de partage  d’expérience  depuis 2013 .On est aussi entrain d’envisager une modélisation de ces pratiques là pour voir qu’elle est la meilleure option .Parce qu’on s’est rendu compte qu’il faut différencié les acteurs  et il faut spécifier les tâches . Par exemple dans certaines communes, on s’est rendu compte que les comités des quartiers ne sont pas forcément des professionnels du secteur .Ils peuvent être mis seulement dans le cadre de la sensibilisation, pas dans la collecte régulière. On s’est  aussi rendu compte qu’il y’a ces aspects qu’il faut peut être développé. On s’est rendu  compte  également qu’il y’a des circuits à faire ; qu’elle est  par exemple le circuit optimal pour un charretier .Donc, il y’a la nécessité de peaufiner tout çà. On est entrain de voir et de réfléchir à comment avoir des modèles de gestion viables pour ces petites collectivités avec l’apport  aussi des redevances, des questions des financements, des questions des taxes d’enlèvement qui ne sont pas pratiquées et  qui sont des redevances. Donc çà c’est des questions qu’il faut aussi peaufiner avec un modèle qu’on peut, peut  être vulgariser  pour les autres communes. Et puis bon comme je vous l’ai dit, il y’a la diffusion d’outils pratiques qui ont été testé sur le terrain et qui peuvent être à la disposition des communes .Il s’agit maintenant de voir comment on peut organiser tout çà et en faire un bon paquet et le mettre à la disposition des communes parce qu’il ne sert  à rien de reprendre la roue s’il y’ a un amorce qui a été faite  , il faut vulgariser ,il faut capitaliser  ,il faut passer les étapes qui ont  réussi au bénéfice des communes.
En guise de conclusion, tout ce que nous souhaitons, c’est qu’il ait un rapprochement entre les élus et les administrés. C’est un aspect qui est important ; surtout dans la fourniture des services publics au niveau local .Je pense que  la matérialisation de ces genres d’action passe forcément  par l’implication de  la population dans l’amélioration de leur cadre de vie .Parce que la  gestion des ordures est un aspect  qui est complexe. C’est les populations qui produisent les déchets, mais c’est eux qui accusent les autorités de ne pas les enlever ; d’où l’implication de tout le monde .C’est à dire on peut produire moins de déchets ,çà donne moins de travail aux élus ;on peut être produire plus ,si on arrive à mieux organiser  le système comme par exemple à Podor où il y’a un système de tamis  et qui  est extraordinaire ;je vous invite à aller voir Podor ;vous allez comprendre qu’il organise les populations sous forme de pratiques comme le tamis  et autres ,donc çà réduit considérablement les volumes transportés ;Ils arrivent aussi à valoriser avec la production avec le biogaz. C’est intéressant bien vrai qu’il y’a d’autres maillons à compléter .Il y’a des familles qui ont été branchées et qui actuellement utilisent le biogaz pour la cuisine .Il y’a des tests qui ont été faits .Donc çà c’est des aspects qui sont importants .On prend de l’ordure puis on le transforme en or dur comme vous l’avez dis. Donc concrètement voilà les aspects qui sont importants et qui sont bien à connaitre. C’est tout ce qu’on veut .C’est des expériences pilotes  très enrichissantes .Nous espérons qu’à la sortie de tout çà, nous aurons des compétences au niveau local  et surtout qu’il  n’y ait pas de pertes d’acquis à la suite des renouvellements des conseils communaux. Parce qu’au niveau des communes et des collectivités locales, on rencontre souvent des défaillances dans l’organisation des documents d’archivage. Il faut encourager les collectivités à mettre en place des systèmes parce qu’une collectivité est une institution ; elle ne doit pas être liée à une personne .c’est ce qui est constaté généralement. Donc, il faut aller au-delà de ces enjeux, et il faut que les gens comprennent çà et qu’on  travaille pour tout le monde. J’ai une anecdote que je redis souvent : quand vous avez une commune, même si vous êtes battu, il faut aider votre adversaire parce que, vous pouvez revenir encore .Maintenant si vous mettez des battons dans ses roues, à votre retour, le travail sera plus difficile pour vous-mêmes. C’est mon dernier mot et je souhaite vraiment que les gens mettent les bouchés double dans les actions pour que les résultats qui sont attendus soient  atteints et puis qu’on ait un impact sur la vie des populations. Parce qu’on est là pour les populations. 

Propos recueillis par Baye Salla Mar











Interview avec Sokhna Die Ka sur la gestion améliorée pour la valorisation agricole des déchets (GAVAD).

Sokhna Dié KA/Chargée de programme à APTE

Sokhna Die KA , chargée de programme à l'ONG APTE:

«Que l’Etat accompagne les collectivités locales à mettre en place un système de tri à la base et de valorisation des déchets»

Pour revenir sur les projets complémentaires (GIVAD) et (GAVAD) Sokhna Die Ka, juriste environnementaliste et chargée de programme à l’ONG APTE, a accordé un entretien à Quoi de vert ? pour expliquer les contours et affirmer ses convictions dans la gestion des déchets.

  


Quel est votre domaine d’intervention et l’objectif de ce projet ?
Sokhna Die Ka : A Joal-Fadiouth, nous intervenons dans la gestion des déchets via deux projets que sont GIVAD (Gestion intégrée et valorisation des déchets) porté par notre organisation, et GAVAD (Gestion amélioration et valorisation agricole des déchets) dans les communes de Joal-Fadiouth et de Mbour, porté par la mairie de Joal et dont nous assurons l'exécution technique.
En réalité, c’est la complémentarité de ces deux projets qui a permis de couvrir toute la commune de Joal-Fadiouth et d’entamer le même processus à Mbour.
L’objectif final de ces projets est d’accompagner les populations, de mettre en place un système de tri à la base, d’aménager des unités de compostage pour valoriser les déchets biodégradables, d’aménager une unité de plastique pour le GIE Femme et plastique, d'aménager des périmètres agricoles pour promouvoir l'agriculture péri urbaine et de faire beaucoup de sensibilisation et de renforcement de capacités pour un changement de comportement.
Nous sommes convaincues que seule la gestion communautaire des déchets est la solution à l’insalubrité des villes.

L’absence de plan de gestion des déchets dans la collectivité locale de Joal-Fadiouth a rendu la collecte déficiente  dans la commune. Qu’est-ce qui a motivé le lancement des projets GIVAD et GAVAD  sur la Petite Côte ?
La collecte des déchets n’est pas seulement déficiente à Joal. J’ai l’habitude de dire, sur le ton de la rigolade, que quand tu arrives dans une ville du Sénégal, en particulier dans les communes, les déchets sont les hôtesses ; ils t’accueillent et te raccompagnent.
Donc le problème, n’est  pas seulement spécifique à Joal, c’est  un problème national. Toutes les collectivités locales sont concernées, aussi bien les régions, les communes  que les  communautés rurales.
 L’avantage à Joal-Fadiouth, c’est que la mairie   avait déjà  expérimenté et réussi un projet-pilote dans la gestion des déchets. Vu l'importance de la réussite de la phase-pilote, quand on a eu l’opportunité avec l’Union européenne (UE) dans le cadre de son programme 10e FED, on a développé un projet commun qu’on a soumis à l’UE et qui  a été financé. C’était le premier projet GIVAD. Quelques mois après, l’UE a lancé un autre appel à projet, dans le cadre de son programme «Appui aux autorités locales». On a accompagné la mairie de Joal-Fadiouth à développer un projet. L’idée, c’était de couvrir les quartiers qui n’étaient pas pris en compte par le projet GIVAD. Puisque  le montant de l’enveloppe était de 200 000 £ (131 000 000 F), on a dit que ce serait bien de voir comment développer l’intercommunalité. Cette intercommunalité qui est tant développée dans le Code des collectivités locales, mais qui malheureusement n’est pas effective dans sa mise en œuvre.
C’est ainsi qu’on a intégré la commune de Mbour. Au début, l’idée était de commencer sur  deux quartiers avant d’élargir. On s’est rendu compte que les moyens nous permettaient d’aller au-delà des deux quartiers. Donc on est parti sur cinq quartiers.
L’autre élément qui a motivé le choix de ces cinq quartiers à Mbour, c’est que vouloir régler le problème en aval sans le régler en amont, ne faisait que le reculer. Et si on prenait les quartiers de Mbour-Maure, Mbour-Sérère et d’Escale, le problème demeurerait entier, car la quasi-totalité de ces déchets provient du quartier Tefess du fait des courants marins, car tous ces quartiers se situent sur le littoral.

Sortir d’une ligne automatique et proposer une tangente, c’est-à-dire la valorisation des déchets dans l’agriculture péri urbaine. Quelle est la nature intrinsèque, voire la catégorie de déchets sur laquelle vous vous appuyez ?
Dans le projet-pilote, la mairie de Joal avait fait une étude qui avait révélé que 95 % des déchets qui étaient produits à Joal pouvaient être valorisés dans le compost. On prend tout ce qui est déchets verts, tout ce qui est déchets ménagers organiques. C’est essentiellement ces types de déchets qu’on valorise dans le compost, tout en sachant que le plastique est aussi valorisé  au niveau de l’unité plastique.

 La gestion demande une mobilisation de moyens. Certaines actions  sont onéreuses d’autres demandent plus d’engagement. Cela peut être du temps ou de la finance. Comment le projet répond-il à ces paramètres ?
Du point de vue financier, l’Union européenne a voulu nous donner assez de moyens à travers deux financements : l’un de 150 000 £ et l’autre de 200 000 £. Sur l’engagement, il y a beaucoup de gens qui sont engagés. L’engagement  qui m’a le plus séduite, c’est celui de la mairie. C’est un engagement qui est fort. Elle prend l’ensemble des décisions pour que le projet marche. Les populations sont également preneuses du projet.

Abordant l’enjeu  crucial de la gestion des déchets (la focale économie), quelles sont les approches dont vous avez eu recours pour faire comprendre à vos parties prenantes qu’à travers les déchets une activité lucrative peuvent en découler ?
 En termes de quantité, les deux projets ont investi dans les deux communes. Nous sommes actuellement à un investissement matériel de 32 charrettes et ânes (20 dans GAVAD et 12 dans GIVAD). Nous avons acheté 20 000 poubelles dont  12 000 dans GIVAD et 8 000 poubelles dans GAVAD.
A Joal, chaque foyer aura deux poubelles et un sac. Pour faire un tri sélectif entre le biodégradable, le non-biodégradable et le plastique. Nous allons réhabiliter l’unité de compostage que vous avez visitée et refaire l’unité de plastique. En même temps, on va construire  six nouvelles unités de compostage dont 4 à Joal-Fadiouth et 2 à Mbour.
Pour les charretiers et les ouvriers des unités de compostage, nous avons acheté 170 tenues et 170 paires d’équipements de protection complets (bottes, masques, gants, lunettes, fourches et râteaux). Nous allons renforcer la capacité des bénéficiaires de projet en gestion financière et en gestion  des déchets et techniques de valorisation particulièrement le compostage.
Nous allons créer «les emplois verts» par le recrutement de 32 charretiers, de 20 techniciens qui travailleront au niveau des six unités de compost. En plus du personnel qui travaillera dans les périmètres maraîchers qui seront aménagés. On a aussi aménagé trois centres de dépôt autorisés. Nous ne voulons plus parler de décharge, mais de centre autorisé ; là où on ne mettra que 2 à 3 % de déchets produits. On est en train d’aménager une piste pour rendre accessible le centre de dépôts de Fansanda, sur le bras de mer.
L’autre élément qui me semble important, c’est l’organisation de journées avec les élèves pour la «séquestration» du plastique. On accompagne les collèges, le lycée de Joal et certaines écoles à sortir et à aller sensibiliser les parents à récupérer les plastiques qui sont dans leurs écoles et leurs alentours. En plus, on leur demande de ne plus jeter le plastique. Ce qui reste, c’est de terminer les unités de compost et refaire l’unité de plastique.
A 6 mois de la fin du projet, nous en sommes à un taux d’absorption de 60 et 70 % du budget global.
Les approches pour faire comprendre à  la population qu’à travers les déchets, il y a une activité lucrative. L’idée, c’était juste d’intéresser la population. Par exemple, si tu prends la TOM, il n’y a que 10 à 15 %  qui la payent au Sénégal. Dans ce projet, ce qui a permis aux gens de s’engager, c’est qu’on leur a fait comprendre que non seulement on  les accompagne, mais aussi on les autonomise et mieux ils peuvent avoir de l’argent avec les déchets. Si nous prenons le comité de Diamaguène, non seulement, leur charretier à un revenu mensuel de 80 000 F, mais c’est un comité qui réussit à faire des bénéfices et à investir dans le social. Et quand le social est mis en avant, les gens sont beaucoup plus coopérants et adhèrent. Les déchets, personne ne veut vivre avec. Les gens veulent se débarrasser de leurs ordures. Quand ici, à Joal, on leur propose une alternative où ils ne verront plus leurs déchets trainer, où ils verront leur quartier propre et avoir de l’argent qui appartient au quartier, je pense qu’il suffit juste qu’ils y voient les retombées en contrepartie ; c’est-à-dire une bonne gestion du comité de salubrité.

Que nous disent les indicateurs sur la quantité de déchets  valorisée ?
On n’a pas fini d’aménager les infrastructures. L’ancienne unité ne valorise que les déchets de trois à quatre quartiers. On ne peut pas trop se prononcer sur la valeur économique. Ce n’est pas encore très important. On est en train de mettre sur pied une stratégie de commercialisation. On a même démarché la SAPCO qui est preneuse de tout ce qu’on produit comme compost. Présentement, je ne peux vous dire exactement ce qu’on sort en termes de produit fini, parce que les infrastructures sont toujours en cours de réalisation. Une fois les infrastructures  terminées et qu’on aura commencé la valorisation dans toute la commune de Joal, je sais qu’on aura une grande quantité de  déchets valorisés.

Revenant sur le point de la suppléance comme le sous-tend le principe de subsidiarité (l’un des principes du développement durable) quelle est la valeur prise par le renforcement des capacités dans ce  cas d’espèce ?
D’une manière générale, notre logique d’intervention s’inscrit dans la durabilité des actions que nous menons sur place. C’est pourquoi, dans la quasi-totalité des projets qu’on a eu à mettre en œuvre, que ça soit à Joal, à Saint-Louis ou à Kayar, nous mettons beaucoup l’accent sur le renforcement des capacités et sur les infrastructures. Parce que cela ne sert à rien de renforcer la capacité des gens s’ils n’ont pas où l’exercer.
Donc on renforce leurs capacités et on leur donne des endroits où ils peuvent  les mettre en œuvre. Ça permet de pérenniser le projet parce que nous sommes appelés à partir dans 6 à 7 mois au maximum. On finit au mois décembre les deux projets. Là, ce qui est en train de se produire nous permet d’avoir bon espoir que quand nous ne seront plus là, les gens vont se prendre en charge. Parce qu’il faut le reconnaître, la gestion des déchets incombe aux collectivités locales. Mais le système tel qu’il est articulé au niveau de Joal, c’est une «délégation de service public» qui est mise au niveau des quartiers. La mairie  demande à chaque quartier de s’occuper de ses déchets. Quand le quartier ne s’occupe que de ses déchets, ça devient moins problématique. L’essentiel pour nous, c’est que le système marche, que le charretier soit payé à la fin du mois, quand il y a un problème particulier pour la charrette, qu’elle puisse être entretenue.
Concernant les bénéfices qu’ils ont à travers le paiement de la redevance mensuelle des foyers, on n’interfère pas, on fait juste un suivi et un contrôle pour vérifier l’effectivité du respect des procédures de dépense.
Y a-t-il eu une réorientation ou  étiez-vous une fois confronté à un problème lors de la mise en œuvre ?
Joal, avant le projet-pilote, était invivable. Vous remarquez qu’entre la mer et le bras de mer, c’est à peu près 700 m de distance et c’est à la fois  une zone de migration et  d’inondation importante. Et si chaque personne produit au moins 200 grammes de déchets par jour, sur 50 000 habitants, le résultat est vite trouvé. C’est vrai que c’était critique à Joal, mais nous  avons été très séduits par le projet-pilote. Et on a dit que l’idéal serait de l’élargir dans la commune de Joal-Fadiouth et dans toutes les villes du Sénégal.

A 6 mois de la fin du projet, quel bilan ou quels impacts positifs sur les  dimensions du DD ?
Je parlerais plutôt d’effets, parce que la notion d’impact fait intervenir beaucoup d’autres facteurs. L’effet immédiat, aujourd’hui, c’est le changement de comportement constaté chez les populations. Egalement, on se rend compte que Joal est devenue beaucoup plus propre. J’étais très séduite et agréablement surprise par la propreté des quartiers qu’on a eu à visiter. Economiquement, les comités de salubrité arrivent à être indépendants. On leur a doté de poubelles, de charrettes et d’ânes, et on est en train de renforcer leurs capacités pour leur dire : «Allez-y, vous pouvez y arriver.»
Parallèlement, l’argent que la mairie devait utiliser pour gérer les déchets, va servir à l’éducation, la santé, entre autres. L’autre effet est lié à la santé ; elle est cruciale dans un environnement. Je suis plus adepte de la prévention que de la guérison. Nous profitons de l’occasion qui nous est offerte pour remercier ENDA-Santé avec qui nous sommes en partenariat. Ce qui nous a  permis de prendre en charge pas mal de choses. On ne devait pas intervenir au niveau du quai de pêche, ce partenariat nous permet de le faire. Ils sont venus renforcer la mutuelle de santé de Joal-Fadiouth. Ce qui nous a permis d’inscrire tous les charretiers de Joal-Fadiouth et les  techniciens de l’unité de compost. Ils ont tous une couverture maladie à hauteur de 80 % sur l’ensemble des actes médicaux fait dans le district sanitaire de Joal et environ. Ils ont également une prise en charge médicale sur l’ensemble des médicaments qui sont disponibles au niveau de la pharmacie du district. On est en train de voir comment externaliser la prise en charge à Mbour et éventuellement dans les pharmacies privées. Mais tout ça est en cours de négociation. Je sais que rien que la prise en charge médicale à elle seule est un facteur d’allégement qui permet aux populations de se faire soigner.
Actuellement, nous réfléchissons avec nos partenaires de ENDA-Santé sur comment prendre en charge les familles de ces charretiers. Ça n’a pas encore démarré, mais c’est là où nous voulons arriver. Que les gens puissent travailler décemment et que ceux qui travaillent dans les déchets soient vus comme des travailleurs nobles. En réalité, la gestion des déchets est un travail noble parce que tu aides la population à  vivre dans un cadre et un environnement sain et correct. Pour inciter les populations  à la propreté, nous avons lancé à Joal  «le prix vert» où on va primer vers le mois de novembre le quartier qui aura fait le plus d’efforts.
 
Cliché Quoidevert?/Sokhna Dié KA chargée de programme à l'ONG APTE

Des efforts restent à faire à l’entrée de la ville. Quelles solutions d’ici à la fin du projet ?
Pas d’ici à la fin du projet, mais disons d’ici à un mois. C’est mon objectif.Nous sommes en train de voir comment mettre en rapport le lycée et le séminaire de Ngazobile.Parce que les déchets sont sur une propriété privée de Ngazobile. Bien vrai que ce sont les populations de Joal-Fadiouth qui y déversent leurs déchets, mais c’est un titre foncier de l’Eglise catholique.
Donc, dans un délai de deux à trois semaines, on voudrait enlever tous ces dépôts sauvages à l’entrée de la ville. C’est quasiment les seuls points saillants qui nous restent à régler. L’autre solution, c’est au niveau de Joal extension ou de CARITAS de trouver un endroit pour que les gens puissent y déposer leurs ordures, en attendant qu’on finisse d’aménager les infrastructures. Parce  que nous notre credo, ce n’est pas de déposer les déchets, mais c’est de les valoriser à 95 ou 98 %.

La problématique des déchets est un phénomène national. Comment faire bénéficier aux autres communes l’expérience de Joal ?
Nous sommes en train d’élaborer un document de capitalisation. Nous travaillons sur la base de projet et de financement des bailleurs. C’est vrai qu’il n’y a pas mal de communes qui nous sollicitent. Mais comme on n’a pas de moyens disponibles, on propose aux communes deux solutions : monter un projet et aller chercher de l’argent quand il y a des  appels à projets. Sinon, s’ils ont un partenaire financier, nous pouvons les accompagner dans la conception technique et la mise en œuvre. Cela ne nous pose aucun problème et on n’est pas non plus fermé vis-à-vis des communes et des collectivités locales, parce que ce qui nous intéressent, c’est que les gens puissent vivre dans un environnement sain et harmonieux.
En guise de conclusion, je demanderai à l’Etat du Sénégal d’accompagner les collectivités locales et de mettre beaucoup plus l’accent sur la valorisation et le tri que sur le dépôt en vrac. Je pense que l’expérience de Mbeubeuss est édifiante. Et ça va être compliqué, à la limite impossible de faire accepter dans les collectivités locales ou dans les communes les centres d’enfouissement techniques. La population de Sindia ne nous démentira pas.

                                                                          Interview Réalisée Par Baye Salla MAR




lundi 14 juillet 2014

TOURISME DURABLE AU SENEGAL: Editorial

Par Iba SALL
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Le problème du développement dans les pays du Tiers-monde se
pose en termes de croissance et de ressources disponibles. Donc, évoquer
les enjeux du tourisme revient à se questionner sur l’impact de l’industrie
touristique sur l’environnement biophysique et socio-économique.
Répondre à cette question permet non seulement de renseigner
la place du tourisme dans la création d’emplois et de richesses économiques,
mais aussi d’alerter sur les risques humains et sur les nuisances
environnementales des pratiques touristiques non contrôlées.

Le tourisme au Sénégal fait partie des secteurs stratégiques en raison
du fait qu’il est la deuxième source de devises du pays et la
deuxième pourvoyeuse d’emplois. Cependant, malgré ce rôle, le secteur
touristique sénégalais va mal. En effet, Après avoir connu de
beaux jours, il a sombré ces dernières années dans une profonde
léthargie liée essentiellement à, la faible structuration de l’offre, l’inadéquation
du profil de l’investissement et des moyens de financement, la
lourde fiscalité, les difficultés d’accès au foncier, la saisonnalité de la
demande et la faible diversification du produit.

Pour venir au chevet de cet important pilier du développement économique
et social du pays, les autorités comptent diversifier le produit,
surtout au moment où le tourisme de loisir est devenu «un secteur
sinistré» et que le balnéaire risque de disparaitre du fait d’une part de
l’érosion côtière et d’autre part la primauté de l’économie sur les deux
autres piliers du développement durable accélérant ainsi, la dégradation
du cadre physique et l’insécurité. C’est pourquoi, il ne suffit pas
seulement de vanter le potentiel de valorisation touristique sénégalais,
mais d’appeler à mesurer ses impacts sur tous les plans.
Face à cette situation et en accord avec les objectifs du Plan
Sénégal Emergent (PSE) qui voudrait que le tourisme fasse partie des
rampes de lancement vers l’émergence, le vert, autrement dit, la durabilité
semble être le remède. Pour cela, il faudra veiller aux équilibres
socioculturels et écologiques tout en favorisant bien sûr le développement
économique des destinations et des entreprises touristiques. Le
triptyque du développement durable (social, économie et environnement)
se traduira de la façon suivante pour le tourisme : (i) assurer une
activité économique viable sur le long terme qui offre à toutes les parties
prenantes des avantages économiques bien répartis, notamment
par des emplois stables et l’amélioration des conditions de vie des communautés
d’accueil ; (ii) respecter l’authenticité culturelle des communautés
d’accueil et conserver leurs valeurs traditionnelles et contribuer
ainsi à la tolérance entre les peuples et (iii) préserver les ressources
naturelles et veiller à réduire les impacts de l’activité touristique
sur l’environnement.

Concrètement, dans toutes les nouvelles orientations de l’industrie
touristique, il faudra mettre l’accent sur une nouvelle forme de tourisme
alternatif centré autour de la découverte des atouts culturels, des paysages,
de la faune et de la flore. Dans ce cadre, il est primordial d’une
part, de sensibiliser aussi bien les voyageurs que les populations de la
nécessité de préserver l’environnement, d’autre part, de mettre en
place un cadre règlementaire spécifique qui encourage le tourisme vert
tout en sanctionnant les projets qui ne respectent pas les normes environnementales.
Ces normes sont devenues un facteur clé qui pèse sur
le choix des produits touristiques notamment pour ceux qui font l’effort
de sélectionner des produits et services moins polluants.
Alors «reverdissons» le tourisme au Sénégal afin qu’il puisse jouer
son rôle de tremplin vers l’émergence économique et social de notre
pays avec une faible empreinte écologique.


vendredi 27 juin 2014

« FAUT-IL RECONSIDERER LES ACCORDS DE PÊCHE POUR UNE DURABILITE DU SECTEUR ? »ClichéC


( SENEGAL-UE) Par Pape Mbor :

Cliché Aqua
Jamais accords n’ont fait aussi échauffé et ébouillanté les esprits envers les autorités étatiques, le ministre de la pêche, et l’UE. Avec l’annonce des accords de pêche, C’est un raz de marée qui a agité les médias sénégalais. Au cœur du problème, la somme de neuf milliards Cfa versé à l’Etat. Autorisant trente et huit (38) navires européens de pêcher sur l’espace maritime sénégalais ou zone économique exclusive (ZEE), pour une durée de cinq ans.

Cette acceptation, soutient l’Etat sénégalais ne concerne que le thon et le merlu (Thiof). Argument que les parties prenantes ont du mal à digérer et  considère la somme « dérisoire ». Mais la polémique autour des accords de pêche est-elle justifiée ? C’est ce que nous essayerons de voir sur ce papier.  

Que nous offre le tableau de la pêcherie mondiale ?
Face à la crise alimentaire qui se généralise. Il est admis désormais que  La gestion des ressources naturelles constitue l’un des chainons pour une pêche durable. Cette approche implique alors une nouvelle façon de gouverner. De surcroit rien qu’en 2009 : « 30% des stocks de poissons ont été surexploitées, 20% de plus qu’en 1974».Nous explique la cible 7b du document de synthèse sur les objectifs du millénaire pour le développement. « La plus grande proportion de surexploitation a été enregistrée dans les principales régions de l’Océan Atlantique, de la Méditerranée et de la mer noire, ou 50 % ou plus des stocks de poissons sont en dehors de leurs limites biologiques de sécurité ».ressort le document de synthèse.
Cliché/OMD

Existe-t-elle une raison légitime de reconsidérer les accords comme le soutient les organisations non gouvernementales ?
Selon la liste rouge de l’union internationale pour la conservation de la nature l’UICN : « Le merlu est répertorié et fait du coup partie des 40 espèces de poissons menacés». Cette préoccupation a connu une application pratique avec le « sauvons le thiof » lancé par greenpeace Afrique pour effectuer un coup de zoom sur la surexploitation du « thiof » à ce titre un mareyeur  du nom d’Abdoulaye NDIAYE, à Ngaparou soutenait que : « Il n y’a plus de thiof au Sénégal. « Ceux retrouvés sur le marché sénégalais proviennent de la Guinnée Bissau ou des bolong, zones de  reproduction ou la pêche est interdite ».
 Publié le 24 juin 2014, le rapport de la Commission Océan Mondial donne  des explications sur les Captures en haute mer du thon. Et stipule que : «  Le thon tropical est aussi traqué à l'intérieur de la ZEE des pays africains, la raison principale des accords de pêche avec compensations financières entre l'UE et ces pays ». Dans Le Marin, un responsable d'Orthongel (organisation des armements français) expliquait qu’en 2013 que : «  les 2/3 des captures thonières se pratiquaient à l'intérieur des ZEE de ces pays africains... Il resterait donc 1/3 de prises en haute mer soit 33 000 tonnes de thon tropical... »

Cliché/Aqua
Pratiques de la participation et de la concertation pour un élan durable.
La disparition des espèces est un phénomène naturel. On constate néanmoins une accélération sans précèdent des phénomènes d’extinction. D’aucuns estiment ce rythme au moins à cent fois, probablement mille fois ce qu’il était avant l’apparition de l’homme. Il est de la responsabilité de tous les acteurs locaux et internationaux de  protéger ce patrimoine commun. Pour ne pas assister à un spectacle similaire à l’érosion massive des espèces disparu à l’ère géologique.  Aujourd’hui, il est crucial  d’appeler à la table des négociations les parties prenantes, car l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement montrent que ces préoccupations ne sont pas propres à une entité, mais à tous.

                                              Pape Mbor NDIAYE Consultant junior TSE3P-Réd chef Quoidevert?




mardi 24 juin 2014

REPORTAGE Mbeubeuss, décharge ou crime écologique ?

Cliché Quoidevert?
Dans une atmosphère polluée, un morceau de terre qui s’étend sur 600 hectares. Des pneus qui brûlent, des arbres cramés. De la fumée noire à vous couper le souffle. Une respiration difficile, provoquée par la poussière des camions d’ordures. Le bruit de moteurs et de klaxons rompent le silence. A quelques mètres des montagnes de détritus quotidiens, produits par les activités des habitants de la ville sénégalaise. Voilà Mbeubeuss, la principale décharge de Dakar, qui date de juin 1970 et qui accueille 24 heures/24, 7 jours sur 7 des ordures qu’acheminent les véhicules des déchets. Agricoles comme industriels.

Le site est à 25 km de la ville. Il offre des montagnes d’ordures qui représentent «960 tonnes de déchets journalières», selon le gérant de la bascule. Une enquête commencée en 2006 montre qu’en décembre de cette année que 14 pour cent des habitants de la zone sont affectés de maladie respiratoire. Une étude des résultats de l’enquête avait poussé la direction technique de la Communauté des agglomérations de Dakar (CADAK) à engager un processus d’arrêt d’exploitation de la décharge. Et de la transférer vers le centre d’enfouissement technique de Sindia, dans la région de Thiès. Jusque-là sans suite.
Selon Dr Diané du district sanitaire installé en plein cœur de la décharge, les cas ne sont pas si «diaboliques», vu la pollution de l’atmosphère. il soutient : «Les cas les plus fréquents sont les enfants qui sont affectés par les infections respiratoires, broncho-pulmonaires et des asthmes.» Il ajoute : «On note la présence du paludisme parce qu’il y a de l’eau stagnante au niveau de la plateforme. Avant d’être ministre de l’Environnement, Ali Aïdar passait de temps en temps. Il comprend donc le danger que représente la décharge. Les personnes qui vivent aux alentours du site subissent les radiations que des produits non identifiés provoquent.»
Demba Ka, cultivateur dans le quartier de Diamalaye, tient un périmètre familial au bas des montagnes de déchets. Il évoque le degré irréversible de calcination des cocotiers et la disparition des arbres : «La fumée a tout détruit, nous restons impuissants face à cette situation. L’Etat ne fait que dans la spéculation et ne prend pas de mesures concrètes pour arrêter ce désastre. Il avait prévu sa fermeture, mais jusqu’à présent on attend. Nous vivons de notre culture familiale et sommes loin d’être des salariés. Nos vies sont menacées. La fumée n’est pas une bonne chose pour la santé. La solution idoine est de déguerpir du site.

Cliché Quoidevert?
Sur les allées qui mènent vers la plateforme, des trieurs d’ordures. Hommes, femmes et enfants, de tout âge. Ils se précipitent pour être les premiers sur les véhicules qui viennent pour déposer les déchets. Histoire de se faire une part belle. Dès l’entrée des camions les trieurs s’accrochent derrière pour se les approprier. Quel que soit le prix sanitaire.
Selon Awa, l’une d’entre elles, «la fouille s’opère lors du trajet des camions de poubelles vers la plateforme, car il existe une âpre dispute pour les territoires».
Le visage couvert de poussière, elle ramasse les ordures depuis 8 ans. Et n’a jamais consulté de médecin, malgré une toux chronique, qu’elle dit adoucir avec du lait chaque soir.
«Je m’appelle Awa. J’habite Keur Massar. C’est ici que j’effectue les tris. La vie est dure à Dakar. Il y a trop de monde à l’intérieur de la décharge et ils n’hésitent pas à prendre tes tas de collecte. On préfère rester à la porte. Nous cohabitons avec ces petits que vous apercevez au sommet. Il n’y a pas longtemps, un camion a écrasé deux d’entres eux. Si on tue une personne sur ce trajet, c’est elle qui perd. Pour ce qui est de mon état de santé, je sens des douleurs aux poumons, je n’ai jamais consulté un médecin pour savoir ce qui se passe. Mais je bois du lait et je continue le travail. C’est l’unique solution pour gagner ma vie».
Modou Diop, chauffeur de benne à ordures depuis 2004, travaille pour INTRACOM, une société de collecte d’ordures. Sans masque de protection, il déclare : «La fumée des ordures qui brûlent nous envahit. Ce qui se passe ici est indescriptible, ne parlons même de la saison des pluies qui va bientôt arriver.» Pour ce qui est des enfants qui s’accrochent derrière les véhicules, «nous sommes obligés de rouler doucement pour décharger les ordures. Ces personnes nous gênent dans le bon déroulement de notre travail. Avec ces pratiques, ils risquent quotidiennement leur vie».
                                                                                             
Cliché Quoidevert?
Des bouteilles en plastique isolées prêt à être commercialisées ne manquent pas d’attirer l’attention. Sur un espace aménagé, des tentes en zinc, carton, tissus, bref tout ce qui offre de l’ombre. Sous un soleil de plomb, un homme en casquette, fume sa cigarette, assis sur une chaise.Mactar, trieur de son état, collectionneur de plastique, il y a de cela 2 ans, se dit businessman. Pour lui, «être à proximité des poubelles, c’est choisir de s’exposer à toutes sortes de maladies. Je fais attention en me protégeant avec des caches poussières, des lunettes, des casques. Mais avec le rythme du travail, on a tendance à négliger ces éléments. Si j’avais un autre job, je serais moins exposé». Son amour pour l’argent l’a poussé à abandonner ses études en classe de 3e. Pour se consacrer à la collecte, il dit avoir les idées claires qu’avec l’argent. Et soutient que «la plupart du temps, ceux qui sont là sont des analphabètes. Ils ne se soucient pas des problèmes de santé». Il ajoute : «Mbeubeuss me donne tout ce dont j’ai besoin. Si les autorités décident de transférer le site, c’est simple, nous allons nous déplacer aussi. D’ailleurs Abdoulaye Wade (président à l’époque) était le premier «boudiou man» (trieur) car il voulait s’approprier la décharge à cause du business juteux.»
Cliché Quoidevert?

Si Mbeubeuss représente une mine d’or pour les trieurs, les riverains ont un autre discours. Selon Ousmane Sogui, habitant de Diamalaye, «Mbeubeuss est un calvaire, une calamité voulue par des magouilleurs». La voix cassée, il soutient : «Il y a des moments ou on est envahi par la fumée noire qui nous empêche de voir. Comment avoir l’esprit tranquille dans ces conditions ? Nous sommes sans soutien. Nos problèmes sont étouffés par des deals entre les autorités. Mbeubeuss n’arrange personne. Ceux qui font les tris disent gagner leur vie, mais ils nous causent du tort. Tous les arbres sont carbonisés, à cause des pneus qu’ils brûlent.»
Depuis la lutte contre le réchauffement climatique avec le protocole de Kyoto qui a instauré en 2001 le Clean Development Mechanism (CDM) ou mécanisme de développement propre (MDP), le Sénégal a élaboré dans la même année un code environnemental qui prend en compte dans l’article l2 «l’émission polluante» qu’il définit comme une : émission dans l’atmosphère de gaz ou de particules solides ou liquides, corrosifs, toxiques, radioactifs ou odorants, de nature à  incommoder la population, à compromettre la santé ou la sécurité publique et à nuire à la production agricole, aux massifs forestiers, à la conservation des constructions et monuments ou au caractère des sites. Mais le code reste dans les tiroirs.
La pollution de l’atmosphère est une réalité à Mbeubeuss et ses environs. Sous l’ombre de ce capharnaüm environnemental, des entrepreneurs se frottent les mains pendant que plus de 3 500 trieurs mettent leur vie en danger. Prenant en otage des habitants qui ne demandent que de vivre dans un environnement sain.
                                                                                    Par Pape Mbor NDIAYE